Carte blanche dans l'echo: "Bruxelles, cet enfant surdoué qui s'ignore"

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Carte Blanche publiee dans le Journal L'Echo du 22 août 2018

Par Nicolas Vanderstappen et Quentin Van Den Eynde

Bruxelles est une ville qui possède de nombreux atouts: c'est une ville jeune, internationale, multilingue, capitale de l'Union européenne, siège de l'Otan, accueillant plus d'une centaine de nationalités.

Bruxelles bénéficie également d'une situation géographique exceptionnelle au centre de la Belgique et de l'Europe. Bruxelles dispose donc de tous les ingrédients pour être une ville créative et dynamique, une ville d'avenir qui entreprend et qui prospère, une ville-monde, pleinement entrée dans le XXIe siècle.

Pourtant, comparée à d'autres métropoles européennes, Bruxelles fait du surplace, voire même régresse, en raison d'un nombre croissant d'habitants et d'entreprises qui décident de quitter Bruxelles.

Un tissu économique abîmé, un immobilisme patent

Pour de nombreux Bruxellois, quitter Bruxelles n'est malheureusement pas un choix mais une nécessité, chiffres à l'appui: au premier trimestre 2018, près de 900 faillites ont été enregistrées à Bruxelles et plus de 1.500 emplois ont été perdus.

Entre 2017 et 2018, Bruxelles a subi une augmentation de 62% du nombre d'emplois perdus. Il s'agit de chiffres inédits. La Région n'a jamais connu autant de faillites dans son histoire. Ces chiffres sont inexplicables, d'autant plus que la croissance est revenue partout en Europe, les États sortent progressivement de la crise et les deux autres Régions du pays font mieux.

En outre, à Bruxelles, de nombreux déplacements sont rendus problématiques en raison d'infrastructures routières déficientes, de travaux de voiries bien souvent interminables et d'un réseau de transport en commun souterrain embryonnaire.

Le réseau de surface laisse lui aussi à désirer, sans parler de l'absence de coordination entre les sociétés de transport. Ainsi, au XXIe siècle à Bruxelles, pas moins de quatre voyages sur dix sont encore effectués en voiture. Seule Rome obtient de moins bons résultats en Europe, selon une étude réalisée cette année dans treize villes européennes. Dans quatre des cinq catégories, Bruxelles se retrouve parmi les cinq villes les plus défavorisées: transports publics, sécurité routière, mobilité active (marche et vélo) et gestion de la mobilité.

Les solutions proposées par les décideurs ne sont souvent pas adaptées aux problèmes rencontrés. Cet état de fait est souvent dénoncé comme étant la principale cause des problèmes mais il n'a jamais été comblé.

En matière de politique de la ville, les questions ne devraient en effet pas être déterminées par une couleur politique mais par le pragmatisme: la mobilité ne doit pas être une question de "gauche", du "centre" ou de "droite", pas plus que la propreté publique, la sécurité de nos rues ou encore le développement des transports publics. Ce sont des questions qui concernent tout un chacun et qui transcendent les clivages partisans. Trois axes de solutions sont possibles.

1. Dépolitiser la gestion régionale

La gestion de Bruxelles doit être dépolitisée. Les décideurs doivent être des hommes et des femmes bénéficiant d'un niveau de qualification adapté à leur domaine d'expertise. Ils doivent être en mesure d'apporter une réelle plus-value au service public dont ils sont en charge.

Pour ce faire, les administrations et les organismes publics bruxellois doivent être dépolitisés dans leur intégralité. Ainsi, tous les postes, y compris les postes de direction, doivent être pourvus à la suite d'un processus de recrutement mené par une autorité indépendante et impartiale.

2. Rationaliser les compétences et le territoire

À Bruxelles, le niveau communal doit, à terme, disparaître. Une ville moderne est une ville unifiée. Les 19 communes et leur lot de structures sont un frein majeur au développement et à la gestion optimale de la Région. De plus, la coexistence des communes et de la Région a un effet de déresponsabilisation des acteurs: dès qu'un cas de mauvaise gestion se présente, les autorités communales et la Région se renvoient la faute. Bruxelles doit devenir une ville-région à part entière, avec des services publics essentiels décentralisés dans les quartiers et un management centralisé. Le nombre de structures publiques et les coûts qui y sont liés doivent ainsi être substantiellement réduits.

3. Révolutionner l'économie bruxelloise

L'économie bruxelloise doit être révolutionnée. La Région doit rationaliser son portefeuille de participations financières et concentrer ses prises de participation dans des entreprises d'avenir, maximaliser les plans pour les start-ups et scale-ups bruxelloises, avec une priorité pour les projets d'avenir, en misant sur les technologies digitales et écologiques. En effet, le public n'a pas vocation à être actionnaire. Il doit se concentrer sur sa mission principale: offrir des services publics performants à la population.

En termes d'infrastructures, il convient d'encourager les partenariats public-privé afin de pallier le sous-investissement chronique dans les infrastructures, en particulier en matière de transports. Ce recours au "privé" n'est pas idéologique, il est pragmatique.

Il faut également faire le choix d'une politique fiscale régionale audacieuse afin d'attirer les initiatives internationales et ainsi faire de Bruxelles une des capitales européennes de l'entrepreneuriat. Révolutionner l'économie, c'est aussi faire de la ville un lieu où les habitants ont envie de vivre et d'entreprendre.

Retrouvez la carte blanche publiée dans le journal L'Echo du 22 août 2018 en ligne sur le site du journal et en fichier PDF.